Protégeons nos orchidées sauvages !

Pour un œil observateur, ce printemps dernier a vu fleurir une pléiade d’orchidées sauvages sur la place de l’église, au bourg historique d’Urzy. La cinquantaine d’espèces d’orchidées sauvages que compte la Bourgogne, délicates et mystérieuses, ne peuvent en effet se cultiver comme des fleurs de jardin. Les conditions particulières de leur reproduction sexuée et les exigences qu’elles ont par rapport à leur milieu en font des espèces totalement protégées.

Or, depuis des années, les premières tontes mécanisées effectuées par les services techniques municipaux décapitaient systématiquement les jeunes pousses d’orchidées dissimulées sous les herbes hautes, aussi vertes que grasses au début du printemps. Pour leur défense, les conducteurs juchés sur les tondeuses n’avaient, dans ces conditions, aucune chance d’apercevoir ces orchidées si discrètes dans la végétation déjà haute…

L’équipe municipale, informée par un riverain de la présence d’une cinquantaine d’orchidées présentes sur la place de l’église cette année, a donc fait le choix d’en assurer la protection, comme l’imposent les directives environnementales, en les laissant s’épanouir librement.

C’est donc dans cet objectif écologique que chaque orchidée a été repérée par un fin tuteur en bambou couronné de rouge bien avant que la hampe florale n’ait commencé à s’élever. Puis un désherbage manuel (au rotofil et / ou à la tondeuse à bras) a permis à ces plantes de ne subir aucun dommage tout en accédant à l’ensoleillement nécessaire à leur maturation. La pelouse restante a pu être tondue ensuite en utilisant sans danger pour cette flore exceptionnelle l’habituelle tondeuse thermique autoportée.

Cette opération de sauvegarde a été un succès total avec la floraison simultanée de 47 orchis bouc (Himantoglossum hircinum) et 5 ophrys abeille (Ophris apifera). Les photos rapprochées montrent à quel point ces deux espèces peuvent être attractives par leurs inconcevables floraisons et la subtilité des harmonies colorées. Dès lors, on comprendra mieux pourquoi l’orchidée est symbole de luxe, volupté, mystère et passion !

Ophrys abeille

 
 

Orchis bouc

Quelques conseils et informations utiles pour les Urzycois(es) ayant la chance d’héberger des orchidées dans leurs propriétés

Les orchidées sauvages sont attractives pour certains insectes qui réalisent la pollinisation, grâce à la forme, les couleurs ou l’odeur de leurs fleurs. Ce sont des plantes à part, parmi les plus récentes semble-t-il sur l’échelle de l’évolution, possédant une structure architecturale bien particulière. En effet, chaque espèce possède un « labelle » bien spécifique qui n’est autre qu’un grand pétale démesuré par rapport au reste de la fleur.

A la suite de la fécondation, la fleur se transforme en un fruit sec. Celui-ci libère alors des graines minuscules qui sont facilement transportées par le vent. Mais ces graines n’ont pas de réserves et leur germination est conditionnée à la présence d’un champignon dans le sol, dont les filaments pénètrent dans la graine et lui apportent des sucres. Après la germination, le champignon peut rester (ou pas) en symbiose avec la nouvelle orchidée. On imagine facilement que le pourcentage de graines qui réussissent à germer est excessivement faible ! Aussi, afin que les meilleures chances soient données à l’orchidée de se reproduire, le jardinier doit absolument résister à l’envie de couper la hampe florale desséchée ou à aérer le sol autour de la plante à l’aide d’une griffe…

Un peu d’étymologie pour finir

L’orchis bouc est également appelée himantoglosse à odeur de bouc. Elle peut atteindre un mètre de hauteur.

« Himantoglossum » signifie « langue en lanière » en référence au long labelle torsadé de la fleur. « hircinum » fait référence à l’odeur de bouc forte (et désagréable pour les humains) dégagée par les fleurs pour attirer les insectes.

Toutes les « ophrys » miment des insectes ou des araignées afin que ces derniers les pollinisent. En cela, elles sont particulièrement remarquables. « Ophrys apifera » attire les abeilles par mimétisme.

 

Pour toute demande d'identification de vos orchidées sauvages, vous pouvez contacter M. Daniel CHALENCON à l'adresse suivante : arthropomania58@orange.fr